RDC/ ÉDITORIAL : L’autobut de l’opposition ?
Point de vue de la rédaction de Mashariki RDC
En politique comme au football, certaines erreurs coûtent cher. Très cher. Et lorsqu’une équipe marque contre son propre camp, les conséquences peuvent être irréversibles. C’est l’impression que laisse aujourd’hui une partie de l’opposition congolaise après le report de son action de saisine de la justice visant à obtenir la mise en accusation du président Félix Tshisekedi pour haute trahison.
Alors que cette initiative était présentée comme un moment fort de pression politique sur le pouvoir, son report à une date ultérieure a eu pour effet immédiat de démobiliser l’attention populaire et de réduire la tension politique. Dans le même temps, l’Assemblée nationale a adopté, sans véritable contestation dans la rue ni mobilisation d’envergure, la loi portant organisation du référendum.
Le contraste est frappant. D’un côté, une opposition qui reporte une action annoncée avec force communication. De l’autre, une majorité qui avance méthodiquement son agenda politique. Résultat : le pouvoir gagne du terrain pendant que ses adversaires semblent hésiter sur la stratégie à suivre.
Cette situation soulève de nombreuses interrogations. Comment expliquer qu’une activité destinée à accroître la pression sur les institutions soit suspendue au moment même où se joue une bataille politique majeure ? Comment comprendre qu’au lieu d’occuper l’espace politique, certains leaders de l’opposition aient choisi le silence au moment où la majorité parlementaire passait à la vitesse supérieure ?
L’histoire politique congolaise rappelle pourtant que la pression populaire a souvent influencé le cours des événements. Les manifestations de janvier 2015 restent dans les mémoires comme un exemple de mobilisation ayant contribué à bloquer un projet de loi électorale controversé. À l’époque, la contestation populaire avait créé un rapport de force que les institutions ne pouvaient ignorer.
Aujourd’hui, le contexte est différent, mais la question demeure : l’opposition est-elle encore capable de construire un rapport de force cohérent et efficace ? Ou assiste-t-on à une succession d’initiatives mal coordonnées qui finissent par servir, involontairement, les intérêts du pouvoir qu’elles prétendent combattre ?
Les noms de Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Prince Epenge, Devos Kitoko, Mike Mukebayi, Franklin Tshiamala ou encore Jean-Claude Katende sont régulièrement associés aux actions de contestation du régime. Mais les résultats obtenus jusqu’à présent interrogent une partie de l’opinion publique sur la cohérence de la stratégie poursuivie.
Une opposition forte n’est pas seulement celle qui critique. C’est celle qui choisit le bon moment, les bons moyens et les bonnes priorités pour influencer le cours des événements. À défaut, elle risque de transformer ses offensives en occasions manquées.
Et lorsque les occasions manquées se multiplient, la question finit inévitablement par se poser : s’agit-il d’erreurs stratégiques, d’un manque de coordination ou d’une incapacité à s’adapter aux réalités du combat politique actuel ?
Le débat est ouvert. Mais une chose est certaine : dans la bataille autour des réformes institutionnelles, l’opposition ne peut plus se permettre de marquer contre son propre camp.
La rédaction


