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BURUNDI/ ENQUÊTE : Le Burundi au cœur d’une tentative d’acquisition d’armes qui soulève de nombreuses questions

Alors que le Burundi est engagé militairement dans l’est de la République démocratique du Congo aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC), une affaire de certificat d’utilisateur final (End User Certificate – EUC) présumé falsifié met en lumière un possible circuit parallèle d’approvisionnement en armement.

L’affaire, qui s’étend de novembre 2025 à mai 2026, mêle documents contestés, interventions diplomatiques inhabituelles et tentative d’acquisition d’un arsenal d’une ampleur exceptionnelle.

Un certificat aux dimensions hors normes

En novembre 2025, un EUC est établi au nom du ministère burundais de la Défense. Le document désigne Burundi Industrial Corporation S.A. comme importatrice et autorise l’acquisition de près de 25 millions de munitions, réparties en 73 catégories.

À première vue, la demande paraît difficile à expliquer. Parmi les équipements sollicités figurent d’importantes quantités d’obus d’artillerie lourde et de mortiers de calibres allant de 120 mm à 152 mm, des munitions qui, selon plusieurs sources militaires, ne correspondent pas aux capacités opérationnelles connues de la Force nationale de défense (FND) du Burundi, laquelle ne disposerait pas des systèmes d’artillerie nécessaires à leur utilisation.

Cette incohérence constitue le premier signal d’alerte.

Un document officiellement rejeté

L’examen du certificat révèle d’autres irrégularités.

Bien qu’il porte la signature du chef de la Force nationale de défense, le général Prime Niyongabo, le document ne comporte pas la validation officielle du ministère burundais des Affaires étrangères, pourtant requise dans ce type de transaction internationale.

À la place apparaît le sceau d’un notaire privé de Bujumbura, une procédure inhabituelle qui soulève des interrogations sur la régularité du dossier.

Le 31 mars 2026, le ministère burundais de la Défense publie une lettre officielle indiquant que cet EUC n’a jamais été approuvé par l’état-major ni validé par les autorités compétentes, le qualifiant de faux.

Une diplomatie parallèle pour sauver la transaction ?

Avant cette annulation officielle, l’État sollicité pour fournir les armes aurait entrepris des vérifications auprès de Bujumbura.

Selon plusieurs documents consultés, une série d’initiatives aurait alors été engagée afin de convaincre le vendeur de poursuivre la transaction.

Le 4 mai 2026, l’ambassade du Burundi au Kenya transmet un courrier électronique affirmant que le certificat est authentique. Toutefois, ce message ne comporte ni signature ni identité clairement identifiable de son auteur.

Une autre tentative de validation aurait ensuite été entreprise depuis New York par l’intermédiaire de la mission permanente du Burundi auprès des Nations Unies, avec l’implication de Burundi Industrial Corporation et de son partenaire bulgare Techno Defence Ltd.

Selon les informations disponibles, cette société est dirigée par des ressortissants yéménites et a déjà été citée dans différents signalements liés au commerce international d’armes. La nature exacte de ces signalements reste toutefois à apprécier au regard des procédures judiciaires ou administratives éventuellement engagées.

Malgré ces démarches, l’État vendeur décide finalement de suspendre puis d’abandonner définitivement la transaction.

La destination réelle des munitions reste inconnue

La question centrale demeure entière : à qui étaient destinées ces 25 millions de munitions ?

Certaines notes de sécurité évoquent un risque potentiel de détournement vers des réseaux opérant au Moyen-Orient.

Sur le plan régional, plusieurs analystes estiment que cette tentative d’acquisition pourrait également s’inscrire dans le contexte de la guerre qui se poursuit dans l’est de la RDC, où les forces burundaises combattent aux côtés des FARDC contre l’AFC/M23.

Toutefois, à ce jour, aucun élément public et vérifiable ne permet d’établir avec certitude que ces munitions étaient destinées à ce conflit ou qu’elles auraient été acquises dans le cadre d’une stratégie conjointe entre Kinshasa et Bujumbura.

Une affaire aux conséquences régionales

Au-delà de la question de l’authenticité du certificat, cette affaire met en évidence les risques que représentent les circuits parallèles d’acquisition d’armement dans une région déjà fragilisée par plusieurs conflits.

Si les faits venaient à être confirmés par des enquêtes indépendantes, ils pourraient soulever des interrogations majeures sur les mécanismes de contrôle des exportations d’armes, la responsabilité des différents intermédiaires impliqués et les conséquences potentielles pour la sécurité régionale.

L’affaire rappelle enfin que, dans le commerce international des armes, la traçabilité des utilisateurs finaux demeure l’un des principaux remparts contre les détournements et l’alimentation des conflits armés.

La rédaction

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