RDC/ POLITIQUE : Pouvoir en RDC : l’Est marginalisé ou victime des luttes politiques ? ( Analyse)
Par Gilbert Tarisi Swedi, coordonnateur de l’asbl Jeunesse solidaire de Bukavu
La réflexion posée par Gilbert Tarisi Swedi, coordonnateur de l’asbl Jeunesse solidaire de Bukavu, soulève une question politique à la fois sensible et complexe : les leaders de l’Est de la République Démocratique du Congo sont-ils victimes d’une marginalisation politique ou simplement des luttes de pouvoir qui caractérisent la vie politique congolaise ? Pour répondre avec sérieux à cette question, il faut analyser les faits avec recul, car la réalité congolaise mêle à la fois décisions judiciaires, rivalités politiques et rapports de force nationaux.
Plusieurs personnalités politiques originaires de l’Est ont effectivement connu ces dernières années des difficultés politiques ou judiciaires. Certaines ont été contraintes à l’exil, d’autres ont été condamnées puis acquittées, d’autres encore ont perdu des postes à la suite de crises politiques internes. En observant ces différents cas, on constate que toutes les situations ne sont pas identiques : certains dossiers relèvent de la justice, d’autres des rapports de force politiques, et d’autres encore des rivalités internes au sein des familles politiques.
La question de savoir si ces leaders sont visés parce qu’ils viennent de l’Est devient alors un débat politique. Il existe en RDC, particulièrement dans les provinces du Kivu, un sentiment largement répandu selon lequel l’Est du pays subit la guerre depuis des décennies, reste parfois sous-représenté dans certaines grandes décisions nationales et voit certains de ses leaders influents affaiblis politiquement. Ce sentiment, qu’il soit totalement fondé ou en partie subjectif, existe dans l’opinion et mérite d’être entendu.
Cependant, il faut aussi rappeler que des leaders politiques originaires d’autres régions du pays ont eux aussi été poursuivis, condamnés ou écartés du pouvoir à certains moments. En politique congolaise, les alliances, les intérêts politiques et les rapports de force comptent souvent plus que l’origine géographique. Beaucoup de dossiers sont officiellement liés à la gestion financière de l’État, ce qui les place sur le terrain judiciaire, même si leur lecture reste souvent politique dans l’opinion publique.
La vraie question n’est peut-être pas seulement de savoir si les leaders de l’Est sont marginalisés, mais plutôt de se demander si la justice congolaise est perçue comme indépendante, équitable et à l’abri des influences politiques. Lorsqu’une justice n’est pas perçue comme totalement indépendante, chaque condamnation devient rapidement une affaire politique, régionale ou tribale dans l’opinion.
Le problème devient alors un problème de confiance nationale envers les institutions, et non seulement un problème entre régions.
Il faut également faire attention à la manière dont ce débat est posé dans l’espace public. Transformer des dossiers judiciaires en conflit entre l’Est et l’Ouest serait dangereux pour la cohésion nationale. La RDC a plus que jamais besoin d’unité, surtout dans un contexte sécuritaire déjà très fragile. Le combat ne devrait donc pas être celui d’une région contre une autre, mais celui de l’État de droit contre l’injustice, de la transparence contre l’arbitraire.
Il existe sans doute un sentiment réel de marginalisation dans l’Est du pays, et ce sentiment ne doit pas être ignoré. Mais il est difficile d’affirmer de manière objective qu’il existe un plan organisé pour exclure systématiquement les leaders de l’Est du pouvoir. En RDC, la politique reste largement dominée par les alliances, les intérêts politiques et les rapports de force.
Le véritable combat devrait donc être institutionnel : construire une justice réellement indépendante, renforcer l’État de droit et garantir à chaque citoyen, quelle que soit sa province d’origine, le même traitement devant la loi. Car sans justice équitable, chaque dossier judiciaire deviendra toujours un dossier politique, et chaque dossier politique deviendra toujours un conflit national.
La reédaction de Mashariki RDC


