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SUD-KIVU/ SOCIÉTÉ: Massacre de Kasika: 27 ans après, le sang de nos familles réclame toujours justice

27 ans après, le devoir de mémoire et l’exigence de vérité restent plus que jamais d’actualité.

Ce 24 août marque le triste 27ᵉ anniversaire du massacre de Kasika, un des épisodes les plus atroces de la Deuxième Guerre du Congo.

Ce jour-là, sur une distance de près de 60  kilomètres, entre Kilungutwe et Kasika, des civils furent massacrés sans distinction : hommes, femmes, enfants, membres du clergé, figures traditionnelles…

Un crime organisé, brutal, dans le seul but de terrifier et d’imposer la terreur.

Le contexte : une rébellion qui embrase l’Est congolais

Le 2 août 1998, la rébellion prenant racine chez d’anciens collaborateurs de Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, conduisit à la formation du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD). En quelques jours, des villes comme Goma, Bukavu et Uvira tombèrent sous le contrôle des insurgés.

À Kalambi, dans le territoire de Mwenga, une embuscade organisée par les Maï‑Maï fit une quinzaine de morts parmi les troupes de l’APR. Réagissant à cette attaque, les forces rwandaises, déjà présentes dans la région, demandèrent au Mwami  Mubeza III (François Nalwindi), roi coutumier de la région, de livrer les responsables locaux. Le Mwami déclara simplement ne pas les connaître.

23–24 août 1998 : l’apogée de l’horreur

Le dimanche 23 août, jour de marché à Kilungutwe, se transformait en tragédie. Des milliers de personnes, en provenance de Kasika et des alentours, furent ciblées. Le lendemain, les exactions se poursuivirent sur le même itinéraire, et le bilan est glaçant : environ 1 100 victimes, selon le rapport Mapping de l’ONU.

Le Mwami  Mubeza III et son épouse, enceinte, furent ligotés, décapités. À l’église paroissiale de Kasika, dont la messe dominicale venait de s’achever, furent froidement exécutés : l’abbé Stanislas Wabulakombe, trois religieuses de la congrégation des Filles de la Résurrection, un séminariste, ainsi que plusieurs laïcs.

Une mémoire internationale, mais toujours sans justice

Le 26 août 1998, deux jours après le massacre, le Pape Jean-Paul II évoqua cet effroyable épisode lors d’une audience générale au Vatican, exprimant son souhait d’un retour de la paix en RDC. Pourtant, plus d’un quart de siècle plus tard, aucune justice nationale ou internationale ne s’est prononcée — ni sur les responsabilités, ni sur les réparations.

Pourquoi il est urgent d’agir — aujourd’hui comme hier

Rompre le silence : l’absence de poursuites tient de la complicité. Les victimes méritent de savoir. Les sociétés besoin de repères.

Préserver la mémoire : oublier, c’est trahir. Chaque nom, chaque histoire compte.

Exiger la justice : aux autorités congolaises, à celles de la sous-région, aux institutions internationales.

Honorer les victimes : par la transmission de leurs histoires, par des cérémonies dignes, par le respect des familles survivantes.

« Le sang de nos familles réclame toujours la justice ».

Cet appel reste aussi urgent aujourd’hui qu’il l’était en 1998. Il est un devoir — un devoir pour l’État, pour chaque citoyen, pour chaque journaliste, pour chaque communauté.

La rédaction

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