ÉDITORIAL | RDC : Quand le retour au pouvoir par les armes devient un pari dangereux
Par la rédaction de Mashariki RDC
La politique est un combat d’idées, de visions et de légitimité. Mais lorsqu’un ancien dirigeant choisit la voie des armes pour revenir aux affaires, il prend le risque de transformer son ambition personnelle en une crise dont les conséquences peuvent dépasser largement son propre destin. Les expériences d’Ali Abdallah Saleh au Yémen et de François Bozizé en République centrafricaine rappellent les dangers de telles stratégies. Pour la République démocratique du Congo, cette réflexion mérite une attention particulière.
Ali Abdallah Saleh a dirigé le Yémen pendant plusieurs décennies. Après avoir quitté le pouvoir, il s’est rapproché des rebelles houthis, autrefois ses adversaires, dans une alliance destinée à peser sur le nouvel ordre politique. Mais les intérêts de ses partenaires ont fini par diverger des siens. En décembre 2017, après avoir rompu avec les Houthis, l’ancien président a été tué. Son parcours illustre brutalement le danger d’une alliance militaire dont les objectifs peuvent changer au gré des rapports de force.
François Bozizé, renversé en 2013, a lui aussi été associé à une dynamique de contestation armée en République centrafricaine. La Coalition des patriotes pour le changement (CPC), formée en 2020, a tenté de remettre en cause le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra. L’offensive n’a pas abouti à la conquête du pouvoir et Bozizé est resté éloigné de la direction de l’État. Cette expérience rappelle qu’une coalition armée ne garantit ni une victoire politique ni le retour d’un ancien dirigeant aux commandes.
En République démocratique du Congo, la question des rapports entre Joseph Kabila, ancien président de la République, et l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont le M23 constitue une composante armée majeure, s’inscrit dans un contexte particulièrement sensible. Toute affirmation relative à la participation de Kabila à une nouvelle coalition politico-militaire doit toutefois être étayée par des éléments vérifiables. Dans une crise aussi grave, la rigueur de l’information est indispensable pour distinguer les faits établis, les déclarations des acteurs et les interprétations politiques.
Le véritable danger réside dans la logique même du recours aux armes. Un ancien dirigeant peut considérer une alliance avec une rébellion comme un moyen de retrouver son influence ou de contester un pouvoir en place. Mais une organisation armée possède ses propres intérêts, ses propres objectifs et ses propres rapports de force. Elle ne constitue pas nécessairement un instrument docile entre les mains d’un partenaire politique.
L’histoire montre que les alliances de circonstance peuvent rapidement se retourner contre leurs initiateurs. Les divergences stratégiques, la lutte pour le leadership et les intérêts militaires peuvent prendre le dessus sur les engagements initiaux. Celui qui espère utiliser une rébellion pour revenir au pouvoir peut finir par perdre toute maîtrise de la situation.
Pour la RDC, les conséquences d’une telle dynamique seraient particulièrement lourdes. Dans l’Est du pays, les populations civiles subissent déjà les effets de la guerre, des déplacements forcés, de l’insécurité et de l’affaiblissement de l’autorité de l’État. Toute stratégie qui prolongerait les affrontements ferait peser de nouvelles menaces sur des communautés éprouvées depuis des années.
La question n’est donc pas seulement de savoir si Joseph Kabila peut retrouver un rôle politique majeur. Elle est aussi de déterminer à quel prix une telle ambition pourrait être poursuivie, quelles conséquences elle aurait sur la souveraineté nationale et quelle place elle laisserait à la recherche d’une paix durable.
La RDC a besoin d’institutions solides, d’une justice crédible, d’un débat politique responsable et d’un processus de paix qui place les citoyens au centre des préoccupations. Les désaccords avec le pouvoir en place peuvent et doivent trouver des voies d’expression politiques, sans que la population soit condamnée à payer le prix de rivalités entre dirigeants et groupes armés.
Les exemples du Yémen et de la Centrafrique ne constituent pas une prédiction automatique du destin de Joseph Kabila. Les contextes diffèrent, et chaque crise obéit à sa propre dynamique. Ils offrent néanmoins une leçon essentielle : les alliances militaires conclues pour atteindre un objectif politique peuvent produire des conséquences que leurs initiateurs ne contrôlent plus.
Au bout du compte, aucun retour au pouvoir ne devrait valoir le sacrifice de la paix et de la souveraineté d’un pays. Pour les dirigeants congolais, anciens comme actuels, la responsabilité historique consiste à privilégier les solutions politiques, à préserver la vie des citoyens et à éviter que les ambitions individuelles ne deviennent une nouvelle tragédie nationale.
C’est à cette exigence de responsabilité, de paix et de respect de la vie humaine que Mashariki RDC appelle l’ensemble des acteurs politiques congolais.
La rédaction de Mashariki RDC


