LIKASI/ SOCIÉTÉ: L’usine CAM Ressources, située à Likasi au cœur d’un conflit aux multiples ramifications: Un bras de fer désormais ouvert
Le bras de fer autour de l’usine CAM Ressources, entre litiges financiers, soupçons d’abus d’influence et implication politique
L’usine CAM Ressources, située à Likasi, est aujourd’hui au cœur d’un conflit aux multiples ramifications. À l’origine : une tentative de relance industrielle sur fond de dettes, qui a tourné à la bataille juridique et politique, mêlant investisseurs étrangers, accusations de tentative de spoliation et soupçons de pressions sur la justice congolaise.
Une vente sous contrainte
L’affaire débute en 2012. Endettée et en difficulté, CAM Ressources est mise en vente. Le prix initial est fixé à 14 millions de dollars américains. Faute d’acquéreurs répondant aux critères, le montant est progressivement revu à la baisse, jusqu’à atteindre 2,3 millions de dollars.
Ce n’est qu’en 2022, soit dix ans plus tard, que la société Congo Global Mining, dirigée par Jonathan Mukendi, obtient une adjudication provisoire de l’usine. Un premier versement de 600 000 dollars permet d’apurer une partie importante des dettes bancaires, amorçant ainsi une tentative de relance des activités.
Des investisseurs aux identités floues
En 2023, un groupe d’individus se présentant comme des investisseurs américains, liés aux sociétés VCO et Rok Metal, se manifeste. Leur proposition : rénover et exploiter les installations de l’usine pour traiter du minerai de cuivre. Bien qu’ils se revendiquent comme américains, leurs documents d’identité indiqueraient diverses nationalités : sud-africaine, polonaise, britannique, entre autres.
Jonathan Mukendi accepte leur offre. Une somme de 600 000 dollars est alors remise par ces investisseurs à titre de garantie, à rembourser sur les bénéfices futurs.
D’un partenariat à la confrontation
Mais la collaboration vire rapidement à la confrontation. Quelques mois plus tard, les investisseurs tentent de se faire reconnaître comme propriétaires de l’usine. Selon un courrier du conservateur des titres immobiliers du Haut-Katanga, une tentative de seconde vente de l’usine aurait été initiée par la société Rok Metal, sur base de motifs qualifiés de fallacieux.
Dans le même élan, le tandem VCO–Rok Metal aurait fait appel à un cabinet d’avocats du Haut-Katanga, allant jusqu’à déposer une plainte contre le premier président de la Cour de cassation auprès de la Cour d’appel.
Réclamations financières et menaces
Après l’échec de leur tentative de reprise, ces investisseurs exigent aujourd’hui plusieurs millions de dollars à Jonathan Mukendi, au titre de remboursement. Celui-ci juge ces montants exagérés, mettant en avant la garantie initiale de 600 000 dollars, les 400 000 dollars investis dans la réhabilitation de l’usine, ainsi que les bénéfices que les investisseurs auraient déjà perçus lorsque l’usine fonctionnait.
Le tandem VCO-Rok Metal est accusé d’user de pressions multiples, notamment par la menace de poursuites judiciaires internationales contre la RDC pour obtenir gain de cause. L’usine est aujourd’hui à l’arrêt, et plusieurs personnes soutenant Jonathan Mukendi affirment être victimes de menaces, voire contraintes à vivre en clandestinité.
Une affaire aux implications politiques ?
Parmi ces personnes figure Christian Bahati, qui a dénoncé le muselement des investisseurs congolais en ordre avec l’Etat et qui accompagne la vision du Chef de l’Etat au détriment des étrangers est actuellement impliqué dans une polémique avec Modeste Bahati, deuxième vice-président du Sénat. Ce dernier l’accuserait d’usurpation d’identité. Une attaque que rejette en bloc M. Christian Bahati. Certains observateurs n’excluent pas une instrumentalisation politique de l’affaire, suggérant que ce haut responsable pourrait avoir joué un rôle dans la tournure prise par le conflit.
Des questions sur la souveraineté économique
Alors que les États-Unis sont devenus un partenaire stratégique de la RDC dans le secteur minier, cette affaire soulève des interrogations sur la protection des intérêts congolais face à certains groupes étrangers opérant sous couvert d’investissements. Des voix s’élèvent pour demander une vigilance accrue de la justice congolaise et des autorités administratives afin de faire respecter les droits des nationaux et préserver la souveraineté économique du pays.
La rédaction


