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RDC/ POLITIQUE : Quand la force de la force devient une faiblesse ( Tribune)

Dr ZIGABE BIGIRINAMA Henri Isaac
Penseur libre, Analyste politique et Master Coach

Lorsque la force de la force devient une faiblesse, il faut avoir l’intelligence de lui substituer autre chose : la parole, la diplomatie, l’art patient de construire des passerelles là où des murs se sont dressés.

Dans le monde contemporain, les armes ne sont plus véritablement des instruments de conquête ou d’offensive, mais essentiellement des outils de dissuasion. Leur fonction première est de rappeler qu’elles existent, de peser comme une ombre sur les décisions politiques, de figer ou de retarder un affrontement. Mais elles ne disent rien de l’avenir. Elles ne créent ni légitimité ni consensus. Elles imposent la peur, sans jamais proposer un horizon. Les armes parlent un langage brutal, celui de l’intimidation, jamais celui de la construction.

Les grandes puissances elles-mêmes l’ont parfaitement compris. Elles accumulent les arsenaux non pour les utiliser, mais pour négocier en position de force. Dans cette logique, l’arme cesse d’être une fin en soi pour devenir un simple levier stratégique. Elle ne vaut plus par son usage, mais par la menace qu’elle incarne. Or toute menace finit par s’émousser si elle n’est pas accompagnée d’une intelligence politique capable de transformer le rapport de force en compromis durable. La force brute n’est donc jamais une conclusion ; elle n’est qu’un prélude.

Dans nos réalités locales, le piège est de croire que les victoires militaires suffiront à stabiliser un pays ou une région. Elles écrasent un ennemi aujourd’hui, mais préparent souvent une rébellion demain. Elles imposent un silence immédiat, mais un silence lourd de frustrations, de rancœurs et de désirs de revanche. Elles donnent l’illusion du contrôle, alors que ce contrôle s’effrite dès que les armes se taisent. Dans ce cycle infernal, la population devient l’otage permanent : instrumentalisée, déplacée, appauvrie, parfois sacrifiée, pendant que les chefs militaires exhibent des conquêtes aussi spectaculaires que temporaires.

L’histoire récente démontre que la paix durable ne naît jamais uniquement du canon. Elle naît de la capacité à transformer la domination militaire en projet politique inclusif. Sans cela, la victoire armée n’est qu’un épisode dans une guerre sans fin. Elle peut redessiner momentanément les lignes du front, mais elle ne répare ni les fractures sociales, ni les blessures identitaires, ni les injustices qui alimentent les conflits.

C’est pourquoi, lorsque la force s’épuise, il devient impératif de la recycler en pouvoir de persuasion. La parole et la diplomatie ne sont pas des signes de faiblesse ; elles sont des formes plus élaborées, plus intelligentes et plus durables de la force. Elles exigent davantage de maîtrise, de courage et de vision que le recours systématique aux armes. Car parler avec son ennemi, c’est reconnaître son existence, admettre qu’on ne peut pas l’anéantir totalement et que l’exclusion absolue conduit rarement à la paix.

La diplomatie oblige à penser le long terme, à accepter des compromis imparfaits mais viables, à préférer la stabilité à l’illusion d’une victoire totale. Elle est souvent la seule voie capable d’éviter l’éternel recommencement des guerres, cette spirale où chaque conflit non résolu devient la matrice du suivant.

En définitive, la vraie force n’est pas celle qui détruit, mais celle qui transforme. Elle ne s’exprime pas seulement par la capacité de faire taire les armes, mais par celle de donner une voix à l’avenir.

La rédaction 

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