RDC/ POLITIQUE : Dialogue national : Frank Mwaka Kubihamushizi plaide pour une inclusivité capable de ramener les belligérants autour de la table
Alors que le président Félix-Antoine Tshisekedi défend la position selon laquelle les personnes directement impliquées dans la guerre ne devraient pas participer au dialogue national, Frank Mwaka Kubihamushizi apporte une lecture différente, fondée sur la nécessité de privilégier le pragmatisme dans la recherche de la paix.
« Je comprends vos inquiétudes. Mais permettez-moi de rappeler une vérité historique : on ne fait pas la paix avec ses amis, on la fait avec ses ennemis », estime Frank Mwaka Kubihamushizi.
Selon lui, refuser tout dialogue avec ceux qui portent les armes ou sont accusés de défendre des intérêts étrangers pourrait contribuer à prolonger indéfiniment la confrontation.
Pour Frank Mwaka Kubihamushizi, l’inclusivité ne doit certes pas être considérée comme une fin en soi. Elle peut cependant devenir un outil stratégique lorsqu’elle permet d’atteindre directement les acteurs disposant d’une capacité réelle d’influencer le cours du conflit.
« Si nous excluons systématiquement ceux qui sont impliqués dans le conflit, nous risquons de produire un dialogue stérile, où seuls les convaincus parlent entre eux, sans jamais atteindre ceux qui détiennent la capacité réelle de nuire ou de changer la donne », soutient-il.
L’histoire comme enseignement
Frank Mwaka Kubihamushizi rappelle que plusieurs grands processus de paix dans le monde ont fini par associer des acteurs qui, hier encore, étaient considérés comme des ennemis irréconciliables.
De l’Afrique du Sud à l’Irlande du Nord, certains processus historiques ont reposé sur la participation de protagonistes directement engagés dans les conflits.
L’objectif, explique-t-il, n’était pas de leur témoigner de la sympathie, mais de créer les conditions nécessaires pour transformer la confrontation en compromis politique.
Dialoguer ne signifie pas absoudre
Dans le contexte congolais, Frank Mwaka Kubihamushizi estime que le débat ne devrait pas se limiter à la question de savoir si certains acteurs défendent leurs propres intérêts.
« Le véritable enjeu est de savoir si, en les mettant face aux victimes et aux représentants légitimes du peuple congolais, nous pouvons les contraindre à reconnaître la souffrance qu’ils ont causée et à s’engager dans une solution durable », affirme-t-il.
Pour lui, exclure les acteurs capables d’influencer militairement le conflit risque de laisser ouverte la voie à la poursuite de la guerre. Les intégrer dans un cadre politique ne devrait toutefois pas signifier leur accorder une quelconque impunité.
L’inclusivité, insiste Frank Mwaka Kubihamushizi, doit être accompagnée de garanties, de conditions claires, de mécanismes de suivi et, le cas échéant, de dispositifs permettant d’établir les responsabilités.
« La paix doit primer sur la pureté politique »
En définitive, Frank Mwaka Kubihamushizi appelle à placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des considérations partisanes ou personnelles.
« L’inclusivité ne signifie pas naïveté. Elle doit être accompagnée de garanties, de conditions claires et de mécanismes de suivi. Mais refuser le dialogue au nom de la pureté, c’est condamner notre peuple à souffrir encore. Le patriotisme responsable consiste à chercher la paix, même avec ceux que nous n’aimons pas, parce que c’est l’intérêt supérieur de la Nation », conclut-il.
Une position qui relance le débat sur la nature du futur dialogue national : faut-il exclure ceux qui sont directement impliqués dans la guerre, ou faut-il les confronter à leurs responsabilités autour d’une même table afin de rechercher une issue politique durable ?
Rédaction : Mashariki RDC


