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RDC/ FINANCES: Paie des agents de l’État en RDC : l’absence d’un fichier unique, cœur du dysfonctionnement ( TRIBUNE)

Par John Zyombo, Expert en finances publiques

La gestion des finances publiques en République démocratique du Congo a fait l’objet de plusieurs études diagnostiques. Ces analyses ont révélé des faiblesses structurelles majeures : manque de crédibilité du budget, absence de cohérence avec la stratégie nationale de développement, procédures budgétaires inadaptées et inefficacité du système de contrôle.

Des réformes importantes mais inachevées

Entre 2010 et 2011, le gouvernement congolais a engagé des réformes ambitieuses afin d’aligner le pays sur les standards modernes de gestion publique. L’adoption du Plan stratégique de réforme des finances publiques et la promulgation de la loi relative aux finances publiques (LOFIP) ont consacré : la budgétisation par programme axée sur les résultats, la rationalisation de la dépense, le renforcement des mécanismes de contrôle.

À partir de 2012, sous le gouvernement Matata, la bancarisation de la paie des agents et fonctionnaires a constitué une avancée majeure. Cette réforme avait permis d’économiser près de 5 millions USD et d’identifier 3 500 agents fictifs.

Une masse salariale toujours hors de contrôle

Malgré les audits menés par : le ministère du Budget, le ministère des Finances, le Comité de suivi de la paie de la Banque centrale,
l’Inspection générale des finances, les partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, FMI, CABRI), la RDC continue de faire face à une crise persistante de sa masse salariale, qui absorbe plus de 50 % des recettes courantes.

Ce déséquilibre est notamment alimenté par : des recrutements non maîtrisés, l’existence d’agents fictifs,
des augmentations salariales sans gain de productivité.

Le véritable nœud du problème

Le dysfonctionnement principal réside dans un fait fondamental : la RDC ne dispose pas d’un fichier unique de référence pour la paie des agents et fonctionnaires de l’État.

Les données sont fragmentées entre : la Fonction publique, le ministère du Budget, le ministère des Finances, les ministères sectoriels, les services déconcentrés.

Cette gestion manuelle et non centralisée entraîne :
des doublons, le maintien d’agents fictifs, des recrutements non budgétisés,
des avancements et primes irréguliers, une incapacité à prévoir correctement la masse salariale.

Une pression budgétaire accrue en 2026

En 2026, près de 6 milliards USD seront mobilisés pour : la mécanisation des nouvelles unités, la prise en charge des agents non payés, l’application progressive des nouvelles grilles salariales, le réajustement des primes.

Cette orientation budgétaire réduit fortement les capacités de l’État à financer : les infrastructures, les investissements publics, les services sociaux de base.

Un cercle vicieux

Les annonces actuelles sur la maîtrise de la masse salariale relèvent davantage d’une gestion politique des tensions sociales.
Tant que la RDC ne se dotera pas d’un fichier unique, centralisé, automatisé et sécurisé, la situation restera inchangée.
Car, toute chose restant égale par ailleurs, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

En conclusion

La réforme de la paie en RDC n’est plus une question technique, mais une urgence structurelle pour : restaurer la crédibilité budgétaire, libérer des marges pour l’investissement, garantir la transparence et la justice salariale.

La rédaction de Mashariki RDC


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