KPrévu pour être signé le 4 décembre par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, l’« Accord de Washington » suscite de vives interrogations. Derrière l’image d’une avancée diplomatique, nombreux observateurs estiment qu’il pourrait surtout servir les intérêts stratégiques, économiques et géopolitiques des États-Unis et de leur allié régional, le Rwanda, indépendamment de la concrétisation de la paix dans l’Est de la RDC.
Alors que la signature approche, plusieurs éléments laissent déjà présager un accord fragile et contestable.
I. Avant même la signature : des faiblesses profondes
1. Une méfiance persistante entre Kinshasa et Kigali
Les deux parties n’ont jamais dissipé leurs suspicions mutuelles, malgré la pression diplomatique internationale.
2. Un manque de sincérité et d’engagement réel
La signature semble davantage répondre à des impératifs extérieurs qu’à une volonté authentique de résoudre le conflit.
3. Aucune complicité politique entre les signataires
Kagame et Tshisekedi avancent avec prudence, chacun redoutant d’être perçu comme ayant cédé.
4. Des engagements obtenus sous contrainte
La dynamique diplomatique autour de l’accord repose essentiellement sur des pressions venues de Washington.
5. Reconnaissance implicite de l’AFC/M23
L’accord entérinerait, de manière indirecte, l’existence et le rôle politico-militaire de ce mouvement soutenu par Kigali.
6. L’influence discrète mais déterminante du Qatar
Doha, déjà très présent dans plusieurs médiations régionales, joue un rôle stratégique dans l’architecture du compromis.
7. Un conflit reconnu comme à la fois interne et externe
L’accord admettrait la double dimension du conflit : la responsabilité des groupes armés congolais et l’implication du Rwanda.
8. Absence de cohésion congolaise autour du processus
Kinshasa s’engage dans cet accord sans consensus national, ni politique ni social.
II. Des conséquences prévisibles et incertaines
1. Une désescalade verbale très hypothétique
Si le ton pourrait momentanément baisser, la méfiance rend cette accalmie fragile.
2. Une mise en œuvre incertaine
Comme de nombreux accords précédents, celui-ci risque d’être partiellement appliqué, voire bloqué dès les premières étapes.
3. Une bataille symbolique entre Tshisekedi et Kagame
Chaque dirigeant cherchera à apparaître comme vainqueur ou bénéficiaire principal de la signature.
4. La complexité du volet sécuritaire
Neutraliser les FDLR, lever les mesures défensives, puis désarmer les groupes armés demeure un défi majeur.
5. Risque de poursuite des combats
Les causes profondes du conflit n’étant pas traitées, les affrontements entre les FARDC et l’AFC/M23 pourraient se maintenir.
6. Une paix conditionnée à un long processus piloté par le Qatar
Le manque de confiance entre Kinshasa et l’AFC/M23 rend tout progrès extrêmement lent.
7. Transformation de l’agression en rébellion reconnue
L’implication rwandaise pourrait se retrouver légitimée à travers la reconnaissance politique de l’AFC/M23.
8. Renforcement des divisions internes en RDC
Le processus pourrait accentuer les fractures politiques et sociales.
III. Conclusions
1. Un accord qui divise les processus
L’Accord de Washington dissocie clairement :
- le processus RDC–Rwanda,
- du processus Kinshasa–AFC/M23.
Cette séparation avantage Kigali, qui voit sa stratégie d’influence consolidée.
2. La consécration internationale d’une rébellion congolaise
Le Rwanda semble réussir à :
- créer une rébellion d’apparence congolaise,
- l’imposer comme acteur incontournable,
- obtenir sa reconnaissance interne et internationale.
Par Lwariba Maître
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