RDC/ SOCIÉTÉ: Crise RDC/ AFC-M23 : Médiation américaine et qatarie — Vers une paix durable ou un nouveau cycle de violences ? ( Analyse)
Une analyse tirée de la Tribune N°1 sur la Crise AFC–M23 / RDC, par Emmanuel Bisukiro, Président du mouvement citoyen Pamoja-RDC et notable du Kivu
Nous assistons depuis un certain temps à une succession de caravanes diplomatiques en quête de paix en République Démocratique du Congo, sous la médiation conjointe du Qatar et des États-Unis. En toute franchise, nous saluons ces initiatives. Toutefois, en tant que fils du Kivu et observateurs attentifs de la scène politique congolaise, il est légitime de s’interroger, et d’inviter tous les Congolais et Congolaises, où qu’ils se trouvent, à faire de même : ces démarches mèneront-elles réellement à une solution durable et pérenne aux crises sécuritaires et politiques récurrentes qui minent notre pays ?
Pour répondre à cette question, il est impératif d’identifier ensemble les causes profondes de l’instabilité chronique en RDC, parmi lesquelles :
• L’absence d’autorité effective de l’État ;
• La détérioration de la liberté d’expression et du climat démocratique ;
• La crise identitaire et les stigmatisations persistantes visant les populations rwandophones ;
• La mauvaise gouvernance généralisée ;
• L’absence de volonté politique pour le rapatriement et la sécurisation des réfugiés congolais, contraints à l’exil par l’insécurité ;
• Le laxisme autour du retour de certains réfugiés, notamment des FDLR ;
• La crise de légitimité des institutions ;
• L’injustice sociale et institutionnelle ;
• La mauvaise répartition des richesses nationales ;
• La corruption endémique ;
• L’impunité des élites ;
• Et bien d’autres maux encore.
Dès lors, il convient de se demander : ces causes structurelles seront-elles réellement prises en compte et résolues par les mécanismes actuels de négociation en cours ? Rien n’est moins sûr.
Il est également fondamental de reconnaître la part de responsabilité de la communauté internationale et de certaines multinationales, qui exploitent illégalement les ressources naturelles du Congo au détriment de sa souveraineté et de son développement.
Cela dit, nous estimons qu’en l’état actuel, ces processus risquent de plonger une fois de plus le pays dans un cycle infernal de violence. Il est illusoire de penser qu’en signant un accord avec des régimes irresponsables ou corrompus, on puisse véritablement venir à bout des racines profondes de cette crise.
La sortie de crise exige une approche authentiquement congolaise : soit à travers un dialogue national inclusif, franc et sans tabou, soit par une révolution citoyenne portée par une nouvelle vision, une idéologie de rupture et des leaders intègres capables d’éradiquer les maux qui gangrènent le système depuis des décennies.
Quant au leadership actuel à Kinshasa, incarné par le président Félix Tshisekedi, il ne mérite, selon nous, ni la confiance des Congolais, ni celle de la communauté internationale, ni encore moins celle des États-Unis. Ce constat ne relève pas d’un simple point de vue partisan. Il suffit d’observer la gestion catastrophique de Kinshasa depuis sept ans : aucune infrastructure digne de ce nom, même aux abords de la résidence présidentielle, pendant que le pays croule sous les scandales de détournements de milliards de dollars.
Les véritables accords pour une paix durable ne pourront émerger que d’un véritable dialogue congolais ou d’un renouveau politique profond, porté par des acteurs légitimes, porteurs d’une vision nationale et d’un engagement sincère envers le peuple congolais.
La rédaction


