Chargement en cours

A LA UNE

RDC/ SOCIÉTÉ : Dialogue national inclusif en RDC : quels intérêts pour le peuple congolais ? ( Me Patient BASHOMBE MATABISHI)

La République démocratique du Congo traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. À la persistance de l’insécurité à l’Est du pays s’ajoutent une crise profonde de gouvernance, une détresse sociale généralisée et une rupture de confiance entre les citoyens et les institutions. Au cœur de ces maux se trouve une classe politique longtemps accusée d’avoir installé un système de prédation, fondé sur la corruption, l’impunité et la défense d’intérêts personnels ou claniques, au détriment de l’intérêt général.

Pour Me Patient Bashombe, cette dérive structurelle s’est renforcée au fil des décennies par l’instrumentalisation de la violence et l’absence de sanctions contre les auteurs de crimes graves. Plus inquiétant encore, certains acteurs politiques n’ont pas hésité à recourir aux armes ou à soutenir des groupes armés, non pas pour défendre la patrie, mais pour accéder au pouvoir et aux ressources publiques. Cette logique a plongé la RDC dans un cycle récurrent de conflits, de déplacements massifs de populations et de violations graves des droits humains.

Un contexte régional désormais sans ambiguïté

Un fait majeur s’impose aujourd’hui dans le débat national : les ambitions du Rwanda sur la RDC sont désormais clairement établies. Les déclarations publiques, les actes posés sur le terrain et le soutien aux forces négatives opérant à l’Est du pays ont levé toute équivoque sur les intentions de Kigali. Cette clarification change profondément le contexte politique et sécuritaire national.

Face à cette réalité, une responsabilité collective s’impose aux Congolais. Le dialogue national inclusif devient alors une nécessité stratégique, à condition qu’il ne serve ni de tribune à des narratifs étrangers ni de mécanisme de légitimation d’agendas extérieurs. Soutenir le dialogue aujourd’hui ne signifie pas capituler, mais faire le choix de la souveraineté nationale, de la lucidité politique et de l’unité face aux menaces extérieures.

Le dialogue, oui, mais au service du peuple

La question essentielle demeure : quels intérêts du peuple congolais le dialogue national inclusif doit-il réellement défendre ?
Un dialogue crédible ne peut se limiter à un partage du pouvoir entre acteurs politiques. Il doit répondre aux aspirations profondes des populations, notamment :
– la fin des violences armées et de l’impunité ;
– la restauration effective de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national ;
– l’accès à la justice pour les victimes des conflits ;
– la rupture définitive avec la gouvernance de prédation ;
– la mise en place d’institutions légitimes, responsables et redevables. À défaut de ces engagements clairs, le dialogue risque de se transformer en un simple exercice de recyclage politique, déconnecté des souffrances et des attentes réelles du peuple congolais.

Justice transitionnelle et vetting : des exigences non négociables

Aucune paix durable ne peut se construire sans justice. Le dialogue national inclusif doit impérativement intégrer la question de la justice transitionnelle. Il ne s’agit ni de vengeance ni de règlements de comptes, mais d’un processus fondé sur la vérité, la reconnaissance des crimes, la réparation des victimes et des garanties de non-répétition.

Dans cette perspective, le vetting des responsables politiques, militaires, sécuritaires et administratifs s’impose comme un pilier central. Il n’est plus acceptable que des personnes impliquées dans des crimes graves, des violations des droits humains ou la corruption continuent d’occuper des fonctions publiques ou stratégiques. Le vetting constitue un mécanisme de protection de l’État et un levier essentiel pour restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions.

La société civile, porte-voix des sans-voix

La société civile congolaise entend participer à ce dialogue avec une posture claire et responsable. Elle ne viendra ni pour des postes ni pour des arrangements politiques, mais pour défendre l’intérêt général, la dignité du peuple congolais et les droits des victimes. Elle portera la voix de ceux qui sont trop souvent absents des négociations : les déplacés internes, les communautés meurtries, les femmes victimes de violences sexuelles et les jeunes privés d’avenir.
La société civile rappellera avec force que la paix véritable ne peut être bâtie sur l’oubli, le déni ou l’impunité.

Dialoguer pour refonder l’État

Soutenir le dialogue national inclusif est aujourd’hui une nécessité. Mais ce dialogue doit être un cadre de refondation réelle de l’État congolais, et non un mécanisme de reproduction des mêmes pratiques et des mêmes échecs. Le peuple congolais mérite un dialogue sincère, courageux et tourné vers l’avenir, un dialogue qui protège la souveraineté nationale, rende justice aux victimes et ouvre enfin la voie à une paix durable fondée sur la justice, la responsabilité et l’intérêt général.

La rédaction de Mashariki RDC

Partageons sur nos réseaux sociaux

VOUS LES AVEZ PEUT-ÊTRE RATÉS