Selon Mick MUTIKI, acteur de la société civile du Sud-Kivu et expert en gouvernance securitaire, un débat profond et déterminant oppose actuellement le Gouvernement de la République démocratique du Congo et le mouvement rebelle AFC–M23 autour de l’interprétation du principe de « rétablissement de l’autorité de l’État », l’un des piliers centraux de l’Accord de Doha. Cette divergence de compréhension constitue aujourd’hui un obstacle majeur à l’application harmonieuse de l’accord et à l’avancement du processus de paix.
Pour la partie gouvernementale, le rétablissement de l’autorité de l’État signifie avant tout :
- La récupération immédiate et complète des territoires sous occupation rebelle ;
- Le déploiement des Autorités politico-administratives (APA) dans toutes les entités concernées ;
- La restauration de la présence sécuritaire régulière (armée, police, services spécialisés) ;
- Le retrait sans condition de l’AFC–M23 des zones qu’elle administre actuellement.
Dans cette logique, l’État doit reprendre l’ensemble de ses prérogatives souveraines, garantir la loi et l’ordre, et assurer le fonctionnement normal des institutions publiques. Pour Kinshasa, aucune ambiguïté ne plane : la souveraineté nationale ne peut être partagée, ni négociée.
À l’opposé, l’AFC–M23 défend une lecture totalement différente de la notion d’autorité de l’État. Le mouvement affirme avoir instauré un modèle local de gouvernance qu’il juge efficace, notamment sur :
- La salubrité publique,
- La tranquillité publique,
- La sécurité publique.
Les rebelles estiment ainsi que leur administration répond aux attentes des populations locales et revendiquent la continuité de leur gouvernance dans les entités sous leur contrôle.
De plus :
- Ils affirment leur nationalité congolaise,
- Rejettent catégoriquement tout statut de réfugié ou d’apatride,
- Et considèrent que l’option de « retrait du sol congolais » a, selon eux, une probabilité zéro.
Pour l’AFC–M23, leur place est au sein du Congo, mais en tant qu’acteurs administratifs légitimes des zones qu’ils occupent.
Cette opposition frontale de perceptions crée un blocage structurel dans l’application des huit protocoles de l’Accord de Doha.
D’un côté, l’État souverain exige l’unicité de son autorité ; de l’autre, un groupe armé revendique un rôle administratif durable sur le territoire national.
Sans convergence de compréhension, chaque étape de mise en œuvre risque de rester lettre morte.
À ce stade, il apparaît que l’ensemble des huit protocoles gagnerait à être revisité sous :
- la bonification,
- la clarification,
- et surtout la légitimation d’un dialogue inclusif, impliquant toutes les parties prenantes.
Un tel cadre permettrait :
- de dissiper les divergences d’interprétation,
- de clarifier les engagements respectifs,
- et d’assurer une mise en œuvre réaliste, consensuelle et durable de l’accord.
La rédaction
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