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RDC/ POLITIQUE : Crise à l’EST de la RDC : La C64 renonce-t-elle à incarner une véritable troisième voix ?

Depuis Rome, la C64 appelle à rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, tout en dénonçant les intentions prêtées au pouvoir de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Mais son silence sur la rébellion armée soulève des interrogations sur la cohérence de sa démarche et sa capacité à incarner une alternative crédible.

La C64, qui se présente comme une initiative en faveur d’une troisième voie en République démocratique du Congo, est désormais confrontée à une question fondamentale : peut-elle prétendre défendre la Constitution et barrer la route à toute forme de confiscation du pouvoir sans condamner clairement le recours aux armes pour conquérir ou conserver celui-ci ?

Dans son communiqué publié depuis Rome, cette organisation propose de rencontrer le président Félix Tshisekedi et le président honoraire Joseph Kabila. Elle dénonce également les intentions qu’elle prête au chef de l’État de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir. Une position qui soulève des interrogations sur l’équilibre de son discours et sur les principes qui fondent son engagement.

En effet, alors que de nombreux Congolais attendent l’émergence d’une troisième voix capable de s’opposer aussi bien à toute tentative de prolongation anticonstitutionnelle du pouvoir qu’à la prise du pouvoir par les armes, le positionnement de la C64 suscite des réserves.

Pourquoi son communiqué ne condamne-t-il pas explicitement la rébellion armée et ne rappelle-t-il pas avec la même fermeté l’exigence du respect de l’ordre constitutionnel ? Si l’organisation estime nécessaire de dénoncer les intentions qu’elle attribue à Félix Tshisekedi, ne devrait-elle pas également clarifier sa position face à Joseph Kabila et aux acteurs associés à la lutte armée, notamment le FRN, selon les termes évoqués dans le débat ?

La question n’est pas de savoir si la C64 doit rencontrer Joseph Kabila ou Félix Tshisekedi. Le dialogue politique peut être un moyen de rechercher une issue pacifique à la crise congolaise. Le véritable enjeu réside plutôt dans la cohérence des principes défendus : peut-on réclamer le respect de la Constitution tout en restant silencieux face à ceux qui recourent aux armes ?

L’article 64 de la Constitution congolaise est pourtant explicite sur le devoir de chaque Congolais de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions constitutionnelles. Cette disposition constitue un fondement essentiel de la résistance à toute confiscation du pouvoir, qu’elle soit militaire ou institutionnelle.

Dès lors, la crédibilité d’une troisième voie dépend de sa capacité à appliquer les mêmes principes à tous les acteurs politiques, sans distinction de camp ni de statut. Elle ne peut se limiter à dénoncer les intentions présumées d’un seul acteur tout en évitant de se prononcer clairement sur les autres formes de remise en cause de l’ordre constitutionnel.

La C64 a-t-elle peur de Joseph Kabila ? En l’absence d’éléments permettant d’établir une telle crainte, cette interrogation doit rester une question politique, et non une accusation présentée comme un fait établi. Toutefois, le silence reproché à l’organisation mérite des éclaircissements si elle entend convaincre l’opinion de son indépendance et de son impartialité.

Les Congolais qui espéraient voir émerger une troisième voix attendent une position claire : ni maintien au pouvoir en violation de la Constitution, ni conquête du pouvoir par les armes. Une véritable alternative doit défendre la légalité constitutionnelle avec la même fermeté, quel que soit le camp concerné.

Sans cette cohérence, la C64 risque de perdre la confiance de ceux qui voyaient en elle une voie de sortie à la polarisation politique et à la violence armée en RDC.

La rédaction de Mashariki RDC

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