La presse congolaise est une nouvelle fois en deuil. Le journaliste et écrivain Déo Namujimbo, figure emblématique du journalisme engagé en Afrique centrale, est décédé dans la nuit à Paris, en France. Il laisse derrière lui une carrière marquée par le courage, l’exil et un engagement indéfectible pour la liberté d’expression.
Un parcours forgé au Zaïre
Né en avril 1959 d’une famille kino-congolaise, Déo Namujimbo grandit à Lubumbashi, où sa mère tenait un petit commerce non loin des studios de la télévision nationale. Très tôt, il est attiré par le monde médiatique.
Après des études en sciences sociales à l’Université de Lubumbashi, il s’initie au journalisme « sur le tas », animant des émissions culturelles à la RTNC. Dans les années 1990, il participe à la création de deux radios de référence dans l’Est du pays : Radio Maendeleo (1993) et Radio Agatashya (1995).
Reporter en zones de guerre
Lors du génocide rwandais en 1994, Déo Namujimbo rejoint la radio humanitaire Agatashya pour accompagner les réfugiés. Pendant la deuxième guerre du Congo (1998), il s’infiltre parmi les combattants du RCD pour témoigner de l’horreur.
Ces expériences périlleuses inspireront deux ouvrages marquants :
- On tue tout le monde… et on recommence (2011)
- Je reviens de l’enfer (2014).
L’exil après des menaces
En 2008, son frère journaliste est assassiné. Lui-même reçoit des menaces répétées. Contraint de fuir, il obtient l’asile en France en 2009. Il s’installe à Paris, d’abord à la Maison des journalistes, avant de poursuivre sa carrière comme conférencier, écrivain, traducteur et formateur.
Il fonde Kivu-sur-Seine, une structure où il conjugue écriture, traduction et accompagnement judiciaire.
Une œuvre et des distinctions
Auteur prolifique, il signe notamment :
- Les sylvestres aventures de l’enfant-soldat (2021), un roman jeunesse
- La grande manipulation de Paul Kagame (2023, avec Françoise Germain-Robin).
Il laisse aussi plusieurs manuscrits et un Petit manuel de journalisme pratique en préparation.
Son travail est reconnu par de nombreuses distinctions : Plume d’Or (2008), Prix Oxfam Novib/PEN (2013), et plus récemment le Prix Victoire Ingabire Umuhoza (2024), qu’il considérait comme sa distinction la plus significative.
Une devise qui résume son combat
Tout au long de sa vie, Déo Namujimbo est resté fidèle à une devise :
« Je me bats sans bombes ni fusils. Mes seules armes sont la loi et la justice, la plume et le papier. »
Héritage
Journaliste, écrivain, formateur et traducteur, Déo Namujimbo a marqué la presse congolaise et internationale par son courage et son engagement. Figure respectée, il laisse un héritage riche en écrits, témoignages et combats pour la vérité.
La rédaction
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